Aucune enseigne McDonald’s n’a ouvert ses portes sur le territoire corse. Les tentatives d’implantation ont toutes échoué face à des oppositions locales tenaces, portées autant par des élus que par des collectifs citoyens.
Les chaînes de restauration rapide peinent à s’imposer dans l’île, où la défense du patrimoine gastronomique reste un argument majeur pour justifier cette singularité. Les alternatives locales, portées par des entrepreneurs et des artisans, jouent un rôle clé dans le maintien de cette exception.
McDonald’s absent en Corse : entre défis logistiques et choix de société
La Corse reste ce coin de France où le géant McDonald’s n’a jamais brandi son enseigne. Ce n’est pas un oubli, ni le fruit du hasard. L’île s’est retrouvée à l’écart, non pas pour une question de mode, mais parce qu’un faisceau de contraintes et de décisions collectives s’y oppose. Ici, l’absence de McDonald’s découle d’un mélange de facteurs économiques, géographiques et sociaux, bien plus complexes qu’une simple histoire de goût.
Le premier obstacle, c’est la logistique. Faire venir chaque jour des cargaisons depuis le continent, garantir les standards industriels du groupe, ça coûte cher. Les liaisons maritimes entre la Corse et la France alourdissent chaque livraison, font grimper les frais et installent une part d’incertitude permanente. Ajoutez à cela une densité de population faible, moins de 350 000 habitants dispersés sur des reliefs tourmentés, et l’équation économique ne tient plus : ouvrir un McDonald’s classique ici relève du pari hasardeux.
Le principe même du fast-food, c’est d’occuper les zones commerciales animées, les centres urbains denses et dynamiques. Or, Ajaccio, Bastia ou Corte ne cochent pas ces cases : leurs centres sont vivants, certes, mais loin des flux massifs attendus par les grandes chaînes. À cela s’ajoutent des règles strictes sur l’architecture et l’urbanisme, qui compliquent l’arrivée de marques internationales. Les Corses, quant à eux, restent attachés à leur manière de vivre la table : prendre le temps, valoriser les produits du cru, préférer la convivialité à la standardisation.
Au fond, le refus d’ouvrir des restaurants McDonald’s s’inscrit dans un projet plus large pour l’île. À chaque débat, la même interrogation revient : « Pourquoi McDonald’s ? » Derrière cette question, on lit la méfiance envers l’uniformisation alimentaire et l’affirmation d’un mode de vie insulaire, où l’on tient à préserver une identité qui ne se négocie pas.
Patrimoine culinaire et alternatives locales : comment l’île préserve son identité face à la restauration rapide
En Corse, la table reste un territoire de résistance. La gastronomie corse s’impose partout, portée par une exigence et un attachement farouche aux ressources locales. À Ajaccio, Bastia, Corte, les restaurants traditionnels racontent une autre histoire : celle du brocciu frais, de la charcuterie maison, de la châtaigne, le tout valorisé en circuit court. Ici, chaque assiette revendique l’authenticité et l’ancrage dans le terroir.
Face à l’absence de burger industriel, les entrepreneurs locaux ont su répondre par la créativité. Plusieurs initiatives insulaires ont développé leur propre version de la restauration rapide artisanale :
- Sandwicheries, pizzérias, food trucks : tous misent sur la qualité des produits corses et la diversité des recettes.
- Burgers à la farine de châtaigne, panini au prisuttu, planches de charcuterie : des exemples concrets de ce mariage entre modernité et respect de l’identité culturelle insulaire.
Préserver le patrimoine culinaire corse, ce n’est pas s’accrocher au passé ni refuser le changement. C’est faire le choix d’une cohésion sociale, d’un lien solide avec la terre et ceux qui la travaillent. Les Corses affichent clairement leur préférence pour une alimentation locale, où la convivialité, la transmission et la qualité se vivent au quotidien, loin de toute standardisation et des automatismes de la malbouffe.
Sur l’île, le hamburger n’est pas roi, mais la fierté de l’assiette, elle, ne décolle jamais. La Corse trace sa voie, sans McDo, fidèle à ce qui la rend unique, et pour beaucoup, cette singularité a décidément bon goût.


